Interprétariat en milieu social : à la rude épreuve de l’impartialité

8 octobre 2020

L’interprète en milieu social assure une fonction paradoxale. D’une part il doit « passer inaperçu » dans la mesure où il est censé être un « simple vecteur d’information, sans véritable production intellectuelle ». Et pourtant, « sans son truchement, on ne pourrait véritablement parler de procédure équitable ». Cette description succincte de la fonction de l’interprète renvoie non seulement à sa spécificité mais également à sa redoutable complexité : rester invisible et en même temps jouer le rôle éthique le plus haut qui soit, c’est-à-dire servir l’idéal de justice aussi bien au sens légal qu’éthique du terme.

L’impartialité et la neutralité, principes bien distincts

Les principes déontologiques d’impartialité et de neutralité de l’interprète sont bien connus. Dans le contexte français et de façon majoritaire en Europe, la fonction d’interprète est clairement distinguée de celles de médiateur et de porte-parole. Ce sont les rôles d’expert linguistique et d’expert en communication qui sont privilégiés pour définir et orienter le travail de l’interprète en milieu social, même si les interprètes sont souvent conscients de servir indirectement de médiateurs, et plus précisément de médiateurs culturels. Les deux principes déontologiques de l’impartialité et de la neutralité, souvent considérés comme synonymes, sont en réalité bien distincts. Une attitude impersonnelle d’impartialité nécessite un effort d’abstraction par rapport à ses engagements et affects, ce qui revient à adopter un positionnement à la troisième personne. En ce qui concerne le code éthique de l’interprète, l’impartialité peut être définie comme une forme d’indépendance ; selon la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) : « [L’interprète] doit procéder en faisant abstraction de toute opinion subjective, de ses goûts, de ses relations avec les tiers […] ne cédant à aucune pression ».

Dans le code de la déontologie de l’interprète en milieu social l’idée qui est retenue est que l’interprète doit se tenir à distance de tout engagement en vue de la réalisation d’un bien qui lui tiendrait à cœur. Son rôle n’est pas de faire en sorte que le requérant obtienne son statut (ou ne l’obtienne pas, selon les conceptions du bien de chacun), mais de permettre que son dossier soit examiné de façon équitable. En ce qui concerne le positionnement éthique de l’interprète, une attitude de neutralité diffère d’une attitude d’impartialité et comporte un autre type d’exercice sur soi-même. Il ne s’agit pas de s’abstenir de privilégier dans son intervention la position de ceux auxquels l’interprète est davantage lié, ou de s’abstenir de promouvoir des idéaux personnels auxquels il pourrait s’identifier – en d’autres termes d’éviter de se laisser influencer par ses propres positions ou engagements – mais d’adopter une attitude de détachement émotionnel par rapport à la situation elle-même, et aux différents interlocuteurs qui y sont impliqués. L’interprète doit se situer idéalement à égale distance entre eux.

Pour résumer, alors que l’impartialité enjoint à l’interprète de s’abstenir de défendre une position particulière du bien dans le cadre de ses fonctions – notamment à cause de ses propres opinions, affinités ou engagements –, la neutralité lui impose de faire preuve de retenue par rapport à ce qui se passe dans l’entretien lui-même et garder une distance égale, en matière d’identification émotionnelle et par rapport aux opinions exprimées, entre les deux interlocuteurs, le professionnel qui l’emploie et l’usager qui souhaite avoir accès à un service. L’interprète doit trouver un équilibre difficile entre un positionnement déontologique de neutralité et d’impartialité d’un côté et une intervention efficace de l’autre. Surtout il ne peut pas se limiter à appliquer les règles déontologiques ; il doit également faire un choix éthique en évaluant tous les éléments du contexte dans lequel il intervient. Le code de déontologie, et plus précisément les principes déontologiques de neutralité et d’impartialité sont bien nécessaires mais ils ne suffisent pas.

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